
Quand on débute en SEO, on apprend très vite à compter ses liens. Combien de sites pointent vers le vôtre, avec quelle autorité, depuis quel secteur. C’est la métrique que tous les outils affichent en gros sur leur tableau de bord, et c’est aussi celle qui rassure le plus quand on regarde sa progression. Sauf qu’en regardant les données publiées sur la visibilité dans les réponses générées par l’IA, ce réflexe se retrouve sérieusement bousculé. Les mentions de marque, c’est-à-dire le simple fait qu’on parle de vous quelque part sans forcément vous linker, arrivent loin devant les backlinks dans les corrélations mesurées. Voilà ce que disent les chiffres, et surtout ce qu’on peut en faire quand on part de zéro.
En bref
Ahrefs a mesuré la visibilité de 75 000 marques dans les AI Overviews et trouve une corrélation de 0,664 pour les mentions de marque contre 0,218 pour les backlinks.
Les trois premiers facteurs du classement sont tous extérieurs à votre site, ce qui déplace une partie du travail hors de vos propres pages.
Une seconde étude étendue à ChatGPT et à AI Mode place les mentions YouTube encore plus haut, autour de 0,737.
Ces chiffres restent des corrélations, et l’autrice de l’étude rappelle elle-même noir sur blanc qu’ils ne démontrent aucune cause.
Obtenir le résumé de cet article par une IA
Ce qu’Ahrefs a réellement mesuré sur 75 000 marques

L’étude est signée Louise Linehan, avec le travail de données de Xibeijia Guan, publiée sur le blog d’Ahrefs en mai 2025. Le protocole tient en quelques lignes. L’équipe sélectionne 75 000 marques dont le domaine dépasse 40 de Domain Rating et dont le mot-clé principal fait au moins 800 recherches par mois, puis elle relève leurs apparitions dans des millions de réponses AI Overviews via Brand Radar. Environ 26 % des marques n’apparaissent jamais, les 74 % restantes forment l’échantillon analysé.
Le classement qui en sort est celui qui a fait parler. Les mentions de marque sur le web arrivent en tête avec un coefficient de Spearman de 0,664. Viennent ensuite les ancres de marque à 0,527, puis le volume de recherche sur le nom de la marque à 0,392. Le Domain Rating tombe à 0,326, les domaines référents à 0,295, et les backlinks ferment la marche des facteurs de liens à 0,218. Les trois premiers facteurs du classement se jouent tous en dehors de votre propre site.
Un mot sur ce que ces nombres veulent dire, parce que la lecture rapide fait souvent des dégâts. Un coefficient de Spearman mesure à quel point deux classements évoluent ensemble, sur une échelle qui va de 0 à 1. À 0,664 on observe un lien réel mais loin d’être mécanique, et à 0,218 on est sur un lien faible. Louise Linehan prend d’ailleurs la peine de rappeler qu’une corrélation reste une corrélation, et que l’ensemble des facteurs qu’elle a testés se situe dans une fourchette allant de modérée à très faible. Elle conclut à un faisceau de signaux qui s’additionnent, et laisse les liens à leur place.
Il vaut la peine de préciser ce que l’outil compte, parce que le vocabulaire prête à confusion. Une mention de marque au sens de Brand Radar, c’est votre nom qui apparaît dans le texte d’une page, avec ou sans lien vers vous. Un article qui écrit votre nom sans jamais vous linker entre donc dans le décompte, au même titre qu’un comparatif qui vous place dans un tableau. C’est précisément cette catégorie, celle que la plupart des tableaux de bord SEO n’affichent nulle part, qui ressort en haut du classement.
Une limite de l’échantillon mérite aussi d’être posée. Les 75 000 marques retenues ont toutes un domaine au-dessus de 40 de Domain Rating, donc l’étude observe des sites déjà installés, avec une antériorité en ligne réelle. Ce que ces données décrivent, c’est la hiérarchie des facteurs chez des acteurs qui ont déjà une existence en ligne. Rien ne garantit que la même hiérarchie s’applique telle quelle à un site neuf, et personne n’a publié l’équivalent sur ce segment à ma connaissance.
Le résultat rejoint pourtant ce qu’on observe ailleurs. Le constat que certaines marques très solides en SEO restent absentes des réponses génératives pointe exactement dans la même direction. Un site peut cocher toutes les cases techniques, ranker correctement, et rester invisible dans une conversation où personne ne parle jamais de lui.
Pourquoi ce qu’on écrit sur vous ailleurs pèse autant
La mécanique devient plus lisible quand on se rappelle comment un modèle de langage a appris. Il a avalé d’énormes quantités de texte public, et dans ce texte votre entreprise existe sous la forme de tout ce qui a été écrit à son sujet. Un lien est une instruction adressée à un robot d’indexation. Une phrase qui vous cite dans un comparatif, un fil de discussion où un client raconte son expérience, un article de presse qui vous nomme au milieu de trois concurrents, tout cela devient du texte que le modèle peut ressortir.
Ce qui explique aussi pourquoi les sources tierces reviennent sans arrêt dans les réponses. On le voit très bien dans le fait que les assistants citent beaucoup plus Reddit et Wikipédia que les médias spécialisés. Ces plateformes concentrent des mentions écrites par des tiers, dans un registre descriptif, exactement le matériau dont un modèle a besoin pour répondre à une question du type quelle agence choisir dans telle ville.
Il y a une conséquence désagréable à accepter. Vous ne contrôlez pas vos mentions de marque comme vous contrôlez vos balises. Vous pouvez réécrire un title en trois minutes, alors que faire parler un forum de vous demain matin dépasse largement vos moyens. Cela déplace une partie du travail vers des terrains qui ressemblent davantage à des relations publiques qu’à du SEO technique, et c’est un inconfort réel quand on a appris le métier par les balises. La bonne nouvelle est qu’une mention utile ne demande aucune autorisation ni aucun budget de netlinking.
Cette logique du hors-site recoupe ce qui a été observé sur des secteurs entiers. Les relevés montrent que la visibilité des éditeurs de logiciels dans les réponses d’IA se construit d’abord loin de leur propre site, sur des comparatifs et des pages d’avis qu’ils n’ont pas écrits. Le mécanisme est le même pour un artisan, un cabinet ou une boutique.
Découvrir l’agence SEO Noobies

La vidéo YouTube, le facteur qui grimpe encore plus haut
Ahrefs a publié une seconde étude en décembre 2025, toujours signée Louise Linehan, qui élargit l’analyse à ChatGPT et à AI Mode en plus des AI Overviews. Le classement bouge, et une ligne nouvelle passe devant tout le reste. Les mentions dans des vidéos YouTube y ressortent autour de 0,737, soit au-dessus des mentions web classiques. Le facteur n’existait pas dans la première étude, faute de données disponibles à l’époque.
Ce résultat surprend moins quand on regarde ce que les assistants font des transcriptions. Une vidéo un peu longue produit un texte dense, souvent structuré en questions et réponses, où les marques sont nommées dans un contexte descriptif. C’est ce que détaille le relevé sur la raison pour laquelle les IA citent surtout la vidéo YouTube longue. Pour une petite structure, cela ouvre une porte inattendue, parce qu’apparaître dans la vidéo de quelqu’un d’autre coûte rarement de l’argent.
Cela dit, je reste prudent avec ce chiffre précis. Une corrélation forte sur un facteur récemment ajouté peut refléter autre chose, par exemple le fait que les marques déjà très connues sont aussi celles dont on parle en vidéo. Ce que je retiens de ces mentions de marque en vidéo, c’est moins le coefficient exact que la direction générale. Être nommé par d’autres, sur des supports que les modèles lisent facilement, revient plusieurs fois en tête de liste.
Ce qu’un site qui démarre peut faire de ces mentions de marque

Commencez par mesurer avant de bouger quoi que ce soit. Tapez le nom de votre entreprise dans ChatGPT, dans Perplexity et dans Gemini, puis posez une question de recommandation dans votre secteur sans vous nommer. Vous saurez en dix minutes si vous existez dans ces réponses et dans quels termes. La méthode complète tient dans ce guide sur la vérification de vos citations IA sans payer d’outil, et elle ne demande rien de plus qu’un navigateur.
Ensuite, cherchez les endroits où votre secteur se discute déjà. Les comparatifs sectoriels, les annuaires spécialisés qui acceptent une fiche descriptive, les podcasts qui reçoivent des praticiens, les forums où vos futurs clients posent leurs questions. Une réponse utile et signée dans un fil de discussion pertinent produit une mention exploitable. Un profil renseigné sur un annuaire de métier aussi. Ces gestes ne rapportent presque rien en autorité de lien et beaucoup en présence textuelle.
Il faut aussi rendre votre marque facile à décrire. Si votre page d’accueil ne dit pas clairement qui vous êtes, ce que vous faites et pour qui, personne ne pourra vous mentionner correctement, ni un journaliste, ni un client, ni un modèle. Une phrase de positionnement nette, répétée à l’identique sur votre site, votre fiche Google et vos profils, donne au modèle une formulation stable à reprendre. C’est le socle de ce que décrit le travail sur l’autorité thématique comme référence que l’IA finit par citer.
Un piège guette sur ce terrain, et il apparaît vite dès qu’un chiffre circule. Des prestataires vendent déjà des paquets de mentions de marque, sur le modèle des packs de liens, avec des citations placées en masse sur des sites sans lecteurs. La logique est la même que celle du netlinking industriel, et elle bute sur le même mur. Une mention n’a de valeur pour un modèle que si elle vit dans un texte que quelqu’un lit vraiment et qui décrit honnêtement ce que vous faites. Payer pour figurer dans une liste de trois cents entreprises sur une page fantôme ne produit rien d’exploitable.
Comptez large sur le calendrier. Une mention utile met des semaines à apparaître, puis encore du temps avant d’être ingérée par les modèles, dont les index ne se rafraîchissent pas au rythme d’un crawl Google. Sur les sites que je gère au quotidien, l’écart entre le moment où une mention paraît et le moment où elle ressort dans une réponse se compte en mois, pas en jours. C’est une raison de plus de commencer par mesurer votre situation actuelle, pour disposer d’un point de départ auquel comparer.
Enfin, gardez les liens. Cette étude ne dit nulle part que le netlinking ne sert plus, et les backlinks conservent leur rôle dans le classement Google classique, qui reste la première source de trafic de la quasi-totalité des sites. Toutefois, si vous devez arbitrer entre deux heures passées à négocier un lien de plus et deux heures passées à vous rendre citable dans un comparatif de votre secteur, les données publiées penchent aujourd’hui du deuxième côté. Après dix ans à faire du SEO au quotidien, c’est l’arbitrage qui me paraît le plus solide avec ce qu’on sait à ce jour.

Continuez de progresser sur SEO Noobies.
[…] anglaise approximative se fait doubler par un concurrent natif. Le même mécanisme joue sur les mentions de marque qui pèsent désormais plus que les liens dans les réponses des IA, et ces mentions se construisent marché par […]
[…] des fiches d’annuaire. Le même mécanisme avait été décrit sur SEO Noobies à propos des mentions de marque qui pèsent dans les réponses des IA : ce que le web raconte de vous compte autant que ce que vous écrivez […]