
La visibilité IA d’une marque, autrement dit sa capacité à être citée quand ChatGPT, Gemini ou Claude répondent à une question de recommandation, suit le plus souvent ce que son SEO classique laisse prévoir. Une étude publiée cette semaine par l’agence Fractl vient pourtant de mesurer les exceptions, et elles ont de quoi faire réfléchir. Environ une marque sur vingt affiche une autorité SEO solide tout en restant presque absente des réponses des modèles. À l’inverse, des marques moins puissantes sur Google occupent une place démesurée dans les recommandations des IA. Pour un site qui débute, comprendre ce qui fait basculer une marque d’un côté ou de l’autre vaut largement les quelques minutes de lecture qui suivent.
En bref
L’agence Fractl a analysé 4 320 réponses générées par GPT-4o, Gemini 2.5 Flash et Claude Sonnet 4.6 sur 8 secteurs d’activité.
Pour environ 90 % des marques, la visibilité dans les réponses des IA suit l’autorité SEO mesurable.
471 marques solides en SEO restent pourtant quasi invisibles dans les réponses, pendant que 377 autres surperforment.
Le levier qui sépare les deux groupes : être mentionné dans des listes, des avis et des comparatifs publiés par d’autres sites.
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ChatGPTCe que l’étude Fractl a mesuré sur 4 320 réponses d’IA

Le protocole est simple à décrire. Kelsey Libert, cofondatrice de l’agence de growth marketing Fractl, a fait tourner 96 requêtes sectorielles du type « recommande-moi une solution pour X », chacune répétée 15 fois sur trois modèles différents : GPT-4o, Gemini 2.5 Flash et Claude Sonnet 4.6. Le tout produit 4 320 réponses et plus de 8 500 références de marques, réparties sur 8 secteurs allant du voyage à l’assurance. Chaque marque citée a ensuite été croisée avec ses métriques SEO classiques via Ahrefs, notamment l’autorité de domaine, le trafic organique et les domaines référents. Le détail complet se trouve dans l’index de visibilité IA publié par Kelsey Libert.
Le premier enseignement rassure plutôt les débutants. Dans la très grande majorité des cas, un peu plus de 90 % des marques observées, la visibilité IA colle à l’autorité SEO mesurable. Une marque bien installée sur Google a toutes les chances d’être connue des modèles, et une marque inconnue des moteurs l’est aussi des IA. Le travail de fond classique, contenu, notoriété, liens entrants, reste donc le socle. Ce constat rejoint ce qu’on observait déjà sur la manière dont les recommandations ChatGPT se décident avant même la recherche : les modèles puisent d’abord dans ce qu’ils connaissent.
Un chiffre de l’étude mérite toutefois qu’on s’y arrête, parce qu’il complique le tableau. Seules 11 % des marques référencées apparaissent dans les trois modèles à la fois. 12 % apparaissent dans deux, et 77 % ne sont citées que par un seul modèle. Chaque IA construit sa propre carte des marques, en fonction de ses données d’entraînement et de ses choix de récupération. Être visible dans ChatGPT ne garantit donc rien du côté de Gemini, et inversement.

Pourquoi la visibilité IA décroche parfois d’un SEO solide
Reste la minorité qui casse la corrélation, et c’est elle qui intéresse l’étude. Environ 5 % des marques, soit 471 sur l’échantillon, présentent une autorité de domaine élevée et un trafic organique confortable, mais n’apparaissent presque jamais dans les réponses. La liste surprend par les noms qu’elle contient : Sephora, Samsung, GE Appliances, GoodRx, ainsi que de grands assureurs américains comme Aetna, Cigna, Humana ou Liberty Mutual. Des entreprises que personne ne qualifierait de faibles en notoriété, et qui restent pourtant en dehors du radar des modèles sur leurs propres catégories.
Le groupe inverse existe aussi. Près de 4 % des marques, 377 dans l’échantillon, obtiennent une visibilité IA supérieure à ce que leurs métriques SEO laisseraient prévoir. On y trouve Monday.com, Notion, Stripe, Khan Academy, Root Insurance ou Doxy.me. Le point commun de ces surperformants ne se situe pas sur leurs propres pages : ces marques sont massivement présentes dans les contenus publiés par d’autres, les listes de recommandations, les comparatifs, les avis d’experts, les articles de niche. Les modèles citent ceux dont le reste du web parle, pas ceux qui parlent le mieux d’eux-mêmes. Le mécanisme rappelle directement ce qui construit l’autorité thématique que les IA reconnaissent à un site.
L’étude avance une seconde explication pour les marques effacées : le positionnement de catégorie dans les données d’entraînement. Certaines entreprises se retrouvent associées à un secteur qui ne correspond pas à leur activité réelle, comme Microsoft ou Spotify rangés du côté fintech dans certaines réponses. Quand le modèle classe mal une marque, il ne la propose tout simplement pas sur les requêtes où elle devrait apparaître. En haut du classement, les leaders sectoriels écrasent le reste : Booking.com cumule 285 mentions sur le voyage, devant Airbnb à 227 et Expedia à 215, pendant que Teladoc domine la santé avec 275 mentions et Lemonade l’assurance avec 213.
Les mentions tierces, le levier qui fait entrer votre marque

Concrètement, qu’est-ce qu’un petit site peut tirer de ces chiffres ? La leçon principale tient en une phrase : la visibilité IA se construit en grande partie en dehors de vos pages. Les marques surperformantes de l’étude doivent leur place aux roundups, aux tests et aux listes publiés par des tiers, exactement le type de contenus que les modèles ont ingérés en masse pendant leur entraînement. Chercher à figurer dans les comparatifs de votre niche, répondre aux journalistes et blogueurs qui couvrent votre secteur, obtenir des avis détaillés sur des plateformes reconnues : ce travail de présence externe pèse désormais autant pour les IA que pour Google. Les plateformes communautaires jouent un rôle central dans cette mécanique, comme le montrait déjà l’analyse sur la place de Reddit et Wikipédia dans les citations des IA.
Un deuxième réflexe découle du problème de catégorisation. Vérifiez la catégorie dans laquelle les modèles vous rangent, en leur posant directement la question : « que fait l’entreprise X ? ». Si la réponse décrit mal votre activité, vos contenus et vos mentions externes ne rattachent pas assez clairement votre nom à votre secteur. Une marque mal classée est une marque qui n’existe pas sur les requêtes qui comptent pour elle. Clarifier son positionnement dans ses pages, ses profils publics et ses communiqués corrige ce signal au fil du temps.
Quelques précautions de lecture s’imposent néanmoins. Fractl est une agence de growth marketing, et une étude de ce type sert aussi sa visibilité commerciale. L’échantillon reste un instantané : 96 requêtes, trois modèles, un moment donné, alors que les modèles évoluent à chaque mise à jour. Les pourcentages donnent une direction crédible, pas une loi du marché. La direction, elle, converge avec tout ce que les travaux récents sur les moteurs génératifs répètent : soigner son site reste nécessaire, et faire parler de soi ailleurs devient décisif.

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